LE SAVOIR-FAIRE, LA FORMATION PERMANENTE ET LA PROMOTION DU TRAVAIL

Claude JANSSENS,

Doyen d'honneur du Travail des professions comptables et fiscales (i)

Extrait de la leçon inaugurale que Claude JANSSENS avait été invité à donner pour la 50ème ouverture de l’année académique du département économique de la HEAJ à Tamines, le 1.10.2009 : « Le savoir-faire, la formation permanente et la promotion du travail ». 

Le savoir-faire

Une chose essentielle dans le secteur  des professions comptables et fiscales, comme dans tous les métiers, c’est la formation permanente. Pour mieux comprendre qu’elle est  le rôle de celle-ci, je vais, en premier lieu vous parler du savoir-faire. Le savoir-faire est l’habilité à réussir ce que l’on entreprend, il s’agit donc de la compétence professionnelle dont l’optimum est la maîtrise d’un métier au travers de l’exercice d’une profession. La compétence, dans le cadre des professions comptables et fiscales, nécessite inévitablement la connaissance, vu que l’on peut définir la connaissance comme une activité intellectuelle visant à avoir la compétence dans un certain domaine. Par voie de conséquence, plus notre connaissance est importante et plus particulièrement dans un domaine déterminé, plus est important notre savoir-faire dans le domaine concerné.

Le développement de la connaissance

Pour vous expliquer le développement de la connaissance, je vais faire appel à un raisonnement inspiré des trois mondes du philosophe Popper[1] : le Monde I ou monde du réel, le Monde II ou monde de la conscience et le Monde III celui de la connaissance. Dans le cadre d’une activité professionnelle, le monde de la conscience est fonction de l’interaction permanente entre les capacités intellectuelles du professionnel (QI) et de ses propres connaissances (M) tandis que monde de la connaissance est l’ensemble de ce qui est connu dans divers domaines, qu’il soit transcrit dans sur des supports (ouvrages et moyens équivalents) ou qu’il fasse partie intégrante du savoir-faire des autres membres du même métier ou des autres professions connexes ou liées, des enseignants, etc.   



[1] Karl Raimund Popper, philosophe britanique d’origine autrichienne, né à vienne en 1902 et décédé à Londres en 1994.

 

Schéma de développement de la connaissance ou de la compétence

La connaissance découle donc de l’importance du nombre d’interactions effectuées  entre les trois mondes pour autant que les interactions entre QI et M soient optimales. Plus le nombre de ces interactions sera important et plus on aura de connaissance.

Le savoir-faire ou compétence est fonction de la connaissance et d’une distribution optimale des matières connues dont l’importance doit être pondérée en fonction des besoins réels  du métier et/ou de la fonction.

Exemple : Lorsque qu’un professionnel prend connaissance du savoir des autres, il crée par la consultation (a = consultation)  une relation entre sa conscience et le monde de la connaissance, l’information qu’il reçoit en retour (b = formation donnée) accroit ses propres connaissances dans le cadre des interactions entre QI et M ce qui augmente sa conscience, sa capacité à comprendre, si ses intercations en QI et M le permet. Ensuite, il va être confronté au monde du réel, lorsqu’il exerce ses activités professionnelles (c = pratique), il va mieux appréhender, le réel, par exemple la façon d’exercer une des missions prévues par le législateur qu’est la liquidation volontaire. L’information résultant de ce nouveau vécu (d = expérience) peut être une satisfaction, un échec, une nouvelle question mais dans les cas de nouvelles informations et/ou des données. L’information née de cette relation avec le monde du réel va être reprise par le monde de sa conscience oµ l’interaction permanente entre QI et M va à nouveau repositionner sa conscience et ses connaissances, donc son  savoir-faire.

Plus importante seront les interactions entre la conscience du professionnel (Monde II), la réalité du terrain (Monde I) et le stockage de la connaissance (Monde III), celui de la connaissance, plus celui va acquérir d’habilité à réaliser son travail (maîtrise, savoir-faire) pour autant que la majorité des informations  transmise entres les trois mondes, soient pertinentes, correctes et supérieures aux modifications apportées  dans le monde I (modification des réalités socio-éconmiques, de la législation, des technologie, etc.). Dans ces conditions, lorsque les connaissances sont ciblées dans un domaine particulier, ce y compris dans les matières connexes et liées, plus la probabilité de compéence sera importante.

On peut concevoir la distribution des connaissances nécessaires dans certaines matières pour exercer une activité itellectuelle et/ou de conseil sous la forme d’un histogramme s’incrivant dans une courbe de Gauss. Histogramme ou les matières primordiales se trouveraient dans les quartiles de valeurs dominantes ou mode, les matières connexes dans les quartiles relativement moins important et ainsi de suite avec les matières liées et la culture générale.

 

Il y a lieu de retenir qu’il y a quatre conditions essentielles au développement de la connaissance :

-       la capacité intellectuelle et de mémorisation permettant le traitement et la mémorisation des données reçues :

-       un nombre important d’interactions entre le Monde II et les mondes I et III ;

-       que l’apport de connaissance soit plus important que l’accroissement des connaissances nécessaires en raison des modification de la réalité du terrain ;

-       une bonne distribution entre les matières formant la base sur laquelle repose la spécialisation ainsi que pour les matières connexes et liées.

On peut mieux comprendre l’importance des connaissances dans des matières connexes et liées si on les représente comme partie intégrante d’un arc-boutant de l’édifice du savoir-faire comprenant les matières à valeurs dominantes.

L’expérience et le savoir

L’expérience des praticiens résultant des relations entre le Monde II et le Monde I (connaissance pratique) est souvent opposée au savoir résultant des relations entre les Mondes II et III. Toutefois, l’une comme l’autre, et particulièrement dans une époque aux changements technologies et législatifs rapides, ne peuvent être indépendants faute de quoi il ne serait pas possible d’acquérir les connaissaces nécessaires pour maîtriser réellement des activités professionnelles aussi complexe que l’expertise ou le conseil.

La formation permanente

La formation permanente,  est donc un sous-ensemble de la relation existant entre le monde de la conscience du professionnel (Monde II) et celui du monde de la connaissance et plus particulièrement du savoir-faire des autres professionnels qu’ils appartiennent aux professions comptables et fiscales ou à des métiers connexes ou liés. 

Jadis, l’acquisition du savoir-faire, consistait en l’acquisition d’une expérience professionnelle d’une quinzaine d’années sous l’oeuil attentif des maîtres des métiers et ensuite des anciens de l’entreprise. C’est ainsi, qu’avant la création de l’IEC, on ne pouvait pas devenir expert-comptable avant l’âge de 35 ans et dans certaines grandes entreprises on ne pouvait devenir cadre qu’après avoir atteint l’âge de 40 ans.

Cet accompagnement, c’est vu largement réduit compte tenu des impératifs du profit et d’une large tendance de nos sociétés modernes à transférer nombre de compétences sociales vers l’état. Il existait également des cours de promotions sociales donnés par des professionnels aguérris, c’est ainsi que les jeunes professionnels pouvaient, en plus du contenu des matières enseignées, bénéficier de conseils et de biens d’exemples issus du vécu. Le corps enseignant de promotion sociale a changé au profil d’une meilleure maîtrise pédagogique,  mais hélas, il a perdu le peu qui lui restait de l’accompagnement des jeunes par les anciens.

Il aurait été bien difficile dans ces conditions d’acquérir la maîtrise d’un métier, si les associations professionnelles n’avaient réagit afin de combler les carences nées de la disparition de cet accompagnement. Pour ce faire, elles ont mis en place des programmes d’activités de formation permanente voire d’accompagnement en vue de maintenir et/ou de développer les connaissances des professionnels.

Le stage de l'IEC

Le législateur, lui,  a voulu aller plus loin en créant des autorités ordinales chargées de veiller à la formation et d’assurer l’organisation permanente d’un corps de spécialistes capables de remplir les fonctions des professions agrées du chiffre dont ils peuvent contrôler et préciser l’organisation, avec toutes les garanties requises au point de vue de la compétence, de l’indépendance et de la probité professionnelle. Ils veillent également au bon accomplissement des missions confiées à leurs membres par le législateur. En Belgique, ces autorités ordinales se nomment des instituts.  En vue de veiller à la formation des professionnels, le législateurs et ces instituts ont rendus obligatoires les activités de formation permanente, que l’on peut scinder en deux classes à savoir le stage pour les jeunes qui désirent accéder aux professions comptables et fiscales et la formation permanente obligatoire pour leurs membres.

La formation permanente obligatoire

Si la formation permanente est obligatoire, il reste à chaque professionnel la liberté d’établir librement son programme de formation permanente pour autant qu’il se rapporte aux domaines ayant un lien direct et spécifique avec les activités professionnelles des métiers agréés de la comptabilité et de la fiscalité, qu’il contribue à une meilleur organisation de son cabinet et/ou de son travail et qu’il tiennent compte d’une répartition appropriée entre les différentes matières liées à l’exercice de nos professions.

Par exemple, pour un expert-comptable, on retrouvera généralement dans les matières spécialisées., présentées en exemple par l’article 4 de la norme de formation permanente de l’IEC.  En effet, il doit effectuer sa formation dans les matières sans lesquelles, il ne pourrait démontrer du savoir-faire.

1. contrôle externe et interne ;

2. droit comptable et comptabilité ;

3. droit fiscal et fiscalité ;

4. droit des entreprises ;

5. expertises judiciaire et privée et missions particulières ;

6. déontologie.

Le professionnel devra pouvoir démontrer qu’il possede des connaissances suffisantes dans les matières connexes suivantes :  :

7. informatique ;

8. techniques de communication et aptitudes relationnelles ;

9. autres matières qui ont un lien direct et spécifique avec les activités de l’expert-comptable (notamment droit civil, droit social et économie d’entreprise, ...).

Le savoir-faire du Conseil fiscal quand à lui résultera d’une grande maîtrise des matières suivantes :

1. droit fiscal et fiscalité ;

2. droit des entreprises ;

3. expertises en matières fiscales ;

4. déontologie.

Il devra également  démontrer qu’il possède une bonne connaissance dans les matières suivantes suivantes :

5. droit comptable ;

6. informatique ;

7. techniques de communication et aptitudes relationnelles ;

8. autres matières qui ont un lien direct et spécifique avec les activités de conseil fiscal (notamment droit civil, droit social et économie d’entreprise...).

La distribution des matières établie, par exemple, sous d’un histogramme inscrit sous  une courbe gaussienne doit  être un véritable outil permettrant au professionnel de maîtriser l’exercice de sa profession.  Toutefois, un expert-comptable spécialisé dans le domaine de l’expertise judiciaire et privée pourrait  posséder également dans les valeurs dominantes de sa formation, des matières  telles que l’analyse financière, la gestion financière, l’algèbre financière,  l’analyse statistique, la sociologie voire l’informatique, la micro et la macro-économique, l’étude des marchés et d’autres matières plus en conformité avec la réalité de l’exercice de sa profession.  Si la formation obligatoire doit , suivant la norme,  être poursuivie à raison de 120 heures sur une période de trois avec au moins 40 heures par année civile, il ne faut pas perdre de vue que pour certaines spécialisations, cela reste un minimum minimorum. .

Naturellement, la formation permanente obligatoire a créé un nouveau marché et a ainsi généré  un nombre impressionnant d’opérateurs de formation permanente contraignant les autorités ordinales à y mettre de l’ordre en établissant une norme relative à la formation permanente et à l’agréation des opérateurs de formations permanente. Je vais donc vous parler des activités qui pour l’IEC contribuent à la formation permanente.

Pour autant qu’elles portent sur des matières pertinentes, ces activités sont :

1)    les séminaires, journées d’étude et cycles de formation organisés par :

a)    les trois instituts : IEC, IPCF et IRE.

b)    toute organisation internationale dont l’institut du professionnel est membre ;

c)    les universités et les établissements d’enseignement reconnus en Belgique ou à l’étranger ;

2)    les séminaires, journées d’étude et cycles de formation organisés par les opérateurs de formation permanente agréés ;

3)    les séminaires, journées d’étude et cycles de formation préalablement agréés ;

4)    donner des cours et des conférences ;

5)    la collaboration à des publications techniques ;

6)    la collaboration à des commissions techniques des instituts et des organisations professionnelles dont ils sont membres.

Par exemple, pour un expert-comptable, la formation acquise dans le  cadre des   trois premières catérgories d’activités devra atteindre au moins 70% de l’ensemble de sa formation permanente tandis que celle représentée par les trois autres ne pourront exéder 30% de celle-ci.

Les opérateurs de formation permanente.

Pour l’Institut des Experts-comptables et des Conseils fiscaux, un opérateur de formation permanente, correspond à :

-       toute association professionnelle qui de manière régulière organise des activités de formation pour les professionnels appartenant aux professions appartenant aux professions économiques.

-       tout cabinet d’experts-comptables et/ou de conseils fiscaux, membre de l’IEC, qui a créé en son sein une structure de formation permanente ;

-   toute personne physique ou morale qui, en fonction de son activité et/ou de son objet social, dispense régulièrement de la formation pour les professionnels appartenant aux professions économiques.

Le contrôle de la formation permanente

Le caractère réel et pertinent de la formation permanente est soumis à divers contrôles des instituts. C’est ainsi que l’IEC, en sa qualité d’autorité ordinale, contrôle la qualité de la formation permanente en procédant :

1)    à l’agréation des opérateurs de formations permanente voire à d’éventuels  contrôles sur place des séminaires donnés ;

2)    au contrôle du nombre d’heures suivies lors de contrôle spécifiques relevant de la déontologie ou effectué par la Commission de surveillance.

Il existe toutefois un autre contrôle, c’est la sanction imposée par le marché au professionnel qui à des carences de connaissace. Celui dont le savoir-faire progesse pourra traduire ses efforts dans le développement de ses affaires et/ou de sa reconnaissance sociale tandis qu’à contrario celui qui ne maintien pas ses connaissances ne pourra le faire. La formation permanente efficiente doit pouvoir être comparée à un effet de levier sur la promotion sociale des professionnels.

Notre confrère Roger LASSAUX, Conseiller à la direction de l’IEC, dans un projet de  note a écrit ce qui suit : « Composante essentielle de notre profession, la formation permanente est certes une obligation légale, mais bien davantage, c’est un état d’esprit, l’expression d’une volonté d’excellence dans la durée, le maintien et le développement des compétences nécessaires en vue de fournir un service de haute qualité aux clients, aux employeurs et aux autres parties prenantes. Conformément aux normes fixées par le Conseil, les experts-comptables et les conseils fiscaux doivent consacrer 120 heures à des activités qui contribuent à l'amélioration de leurs connaissances professionnelles dans une période de trois années consécutives. Au moins 20 de ces heures doivent être effectuées par année civile. »

[i] Le Doyen d’Honneur du Travail est un dignitaire nommé par A.R. par Sa Majesté le Roi sur proposition unanime du Comité National Organisateur auprès de l’Institut Royal des Elites du Travail de Belgique Albert Ier, sur la base des candidatures rentrées par une instance ou une organisation représentative au sein du Comité National Organisateur. La dignité de Doyen d’Honneur du Travail s’accompagne d’un mandat par lequel il a la charge représentative qui l’investit de la mission d’incarner les traditions, la valeur et le prestige moral et social de sa profession. Il doit en autres :  servir les intérêts de la profession et prendre, à cet effet, dans toute la mesure du possible, les initiatives nécessaires ou souhaitables, assurer la représentation du secteur des professions comptables et fiscales dans des circonstances importantes et contribuer à l’information, à la formation et au perfectionnement professionnel des personnes occupées dans le secteur, en vue de favoriser leur promotion professionnelle et sociale.  

LES BIAIS DU SAVOIR