Commémoration du 22 août 1914 à la nécropole française de la Belle Motte, un rapprochement entre les ennemis d’hier en ce 107ème anniversaire de la bataille de la Sambre pour les uns et de Namur pour les autres.

Par Claude JANSSENS,

Licencié en sciences économiques appliquées

Administration des affaires publiques

Membre de la SRPMDB Namur

 

Que de sang a pu couler sur notre terre sambrienne au cours de la première guerre mondiale, qu’il s’agit de celui des victimes innocentes ou de celles appartenant à ces jeunes ou moins jeunes militaires allemands et français entrainés par un conflit qui en réalité n’était pas le leur mais uniquement une des conséquences des tensions existants entre les blocs créés par crainte de l’hégémonie nationaliste des uns et des autres.

Certains, encore aujourd’hui, classent les acteurs de cette guerre en bons et en mauvais, en amis ou en ennemis, alors que les amis d’hier peuvent être les ennemis de demain et vice-versa. L’éducation que nous avons reçue au cours des années suivant la fin de la seconde guerre mondiale, qu’elle soit officielle ou familiale, nous invitait inconsciemment à classer les belligérants des deux derniers grands conflits en ennemis, les Allemands, et les amis, les Français et autres alliés.

Si la responsabilité des Allemands dans l’expansion de la première guerre mondiale est indéniable, il n’en reste pas moins que les Français ne sont pas en reste dans l’origine des tensions et conflits européens. La mémoire collective wallonne, francophile, estompe souvent que les Français occupèrent même les Etats Belgique et de Liège, de 1794 à janvier 1814, et ce par trahison. En effet, ceux-ci venus officiellement nous aider  à chasser les Autrichiens de nos territoires les ont occupés et pillés notre patrimoine au profit de la France qui avait besoin de moyens.

Même s’il nous est particulièrement difficile de sortir de ce clivage, il est peut-être grand temps que les cérémonies du souvenir s’inscrivent dans le cadre d’un outil pédagogique en faveur de la construction de l’Europe et de la paix. Outil auquel pourraient êtres associés  nos amis Allemands dans un respect mutuel.et qu’au cours des cérémonies du souvenir retentisse également, comme ce fut fait à la nécropole française de la Belle Motte, à Aiseau, l’hymne national allemand.

Ensemble, nous devons espérer que plus jamais nos populations auront à subir de telles atrocités et nos jeunes gens à être sacrifiés pour des idéaux nationalistes d’un autre temps. 

Même si l’on peut souligner un amateurisme évident et une méconnaissance du protocole belge, la cérémonie a eu le mérite d’associer les Allemands et les Français, les ennemis d’hier et alliés d’aujourd’hui, à ce devoir de mémoire. Un pas en avant vers des cérémonies expurgées de rancœurs difficiles à éteindre pour nombre d’entre nous. Devoirs de mémoire qui doivent faire prendre conscience qu’il n’y a pas eu de bons et des mauvais mais uniquement des victimes de régimes politiques pour lesquels l’être humain avait très peu de valeur.

Après la mise en place des invités, très peu respectueuse des règles de préséances, la cérémonie commence. Vient ensuite l’évocation de certaines victimes tombées au cours de la bataille, par un speaker qui hélas buttait à toutes ses phrases, l’Hymne Européen a été joué suivi des Hymnes Allemand, Belge et Français.

 

Plusieurs dépôts de fleurs se sont suivit en débutant par celui du Maître principal DEBIEN (OR9), représentant Son Excellence Madame Hélène FARNAUD-DEFROMONT, Ambassadrice de France auprès du Royaume de Belgique, C’est le Major Dr  Michelle GUNTHER (OF3), LogStOffz SHAPE (DEU), SHAPE, qui représentait Son Excellence Monsieur Martin KOTTHAUS, Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne auprès du Royaume de Belgique.

Nous avons pu voir ensuite le dépôt des fleurs des autorités communales d’Aiseau-Presles et de Fosses-la-Ville représentées respectivement  parJean FERSINNI, Bourgmestre  en sa commune (75) et Gaëtan de BILDERLING, Bourgmestre en dehors de sa commune (157) , du Colonel d’Aviation Administrateur militaire Guy DOBBELAERE, Commandant militaire de la Province de Hainaut, et du Lieutenant colonel Xavier VAN DE WERVE DE SCHILDE, éc (NB), Commandant militaire de la Province de Namur, ainsi que celui de Monsieur Marcel DARGENT, Bourgmestre honoraire d’Aiseau-Presles.

 

Quelques autres personnalités et autres figures locales ainsi que des représentants des associations patriotiques et du souvenir étaient présentes à la nécropole, je me limiterai à citer celles que j’ai pu identifier et ce en fonction de leur ordre de préséance connu afin de tenir compte, plus ou moins équitablement, des titres et qualités de celles-ci.

Pour les amoureux de l’histoire, il faut souligner que la nécropole française de la Belle-Motte ne se trouve pas à Le Roux et n’est pas un territoire français, comme certains se plaise à le prétendre. La nécropole elle se trouve belle et bien sur l’ancien village d’Aiseau (Aiseau-Presles) et si les français jouissent du droit de propriété suivant selon l’Attaché de Défense, il n’y a nulle part en Belgique de statut d’extraterritorialité.

Si, elle jouxte Fosses-la-Ville (Le Roux) et Sambreville, n’en reste pas moins qu’elle est territorialement Aisalo-Presloise et Hennuyère Le village de Le Roux associé à Aiseau, par  les tristes événements de la bataille de la Sambre, a toutefois un autre point commun avec cette entité, ce village fut, en effet, au départ une petite communauté et ensuite une paroisse liée à l’église saint Martin et qui faisait ainsi partie de la seigneurie d’Aiseau, comme Aiseau et Oignies, par la suite , sous l’occupation française (1795/1814), elle fera partie de la mairie du même nom. Le Roux est devenu une commune distincte en 1806 et fusionnera ultérieurement, comme nous le savons, avec Fosses. Le hameau d’Oignies, lui, se situe au nord-est d’Aiseau-Presle,s le long de la Sambre, et jouxte Tamines avec laquelle il possède des liens historiques profonds et partage toujours les mêmes affinités culturelles, cultuelles et socio-économiques. Ce hameau, par ses particularités, n’adhère pas réellement à l’entité d’Aiseau-Presles et n’est, pour le moins, aucunement à sa place en Province du Hainaut pour être depuis des temps immémoriaux namuroise, il s’agit sociologiquement d’un faubourg de Sambrevile.

En retrait pour les besoins de la cause, si on est moins bien vu, on y voit bien mieux, pour comprendre pourquoi, par exemple, la jeunesse ne participe que très peu à ce genre de commémoration et non à cette fête comme cela fut dit. Commémorations au cours desquelles la bonne volonté ne peu remplacer un encadrement adéquat et  qui lors d’années précédentes, ont été un peu trop folklorisées et offertes à des historiens autoproclamés. Cérémonies égrainées d’interventions tenues avec des propos d’un autre temps, au lieu d’être un outil pédagogique. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il très difficile d’y associer une jeunesse en quête d’innovation. Par exemple, j’ai été, comme tout les jeunes gens d’Oignies, scolarisé à Tamines, et invité à participer au parrainage des tombes, mais avec le temps et la prise de conscience que cela servait de vitrine sociale à certains, ce qui l’est encore le cas aujourd’hui, on se tourne vers des domaines perçus comme plus utiles lorsque l’on est adolescent ou un jeune adulte.

On ne peut toutefois ignorer l’engagement adéquat ou sincère de certains, j’ai ainsi  relevé de manière non exhaustive la présence des personnalités et personnes suivantes :

Philippe CHARLIER, Député honoraire, Conseiller communal d’Aiseau-Presles, Officier de l’ordre de Léopold, une personnalité du CDH toujours très engagée dans les affaires publiques et qui en dépit de son rang de préséance (119), avait vraiment été mal placé. Sauf erreur, Dany BANCU, retraité, qui fut  Echevin pendant trois législatures à Aiseau-Presles, Michel SANDRON, enseignant (er),

 

Etaient, bien sûr, présentes les délégations patriotiques, par ordre d’ancienneté :

a)    Société royale philanthropique des médaillés et décorés de Belgique, fondée en 1885, représentée par :

-          GILSON Jean-Louis, Chancelier national et provincial (Namur), Che OL à titre militaire, Che OC, Militaire (er)

-          JANSSENS Claude (CM), Off. C, Membre effectif de la SRPMDB Namur, Juge consulaire honoraire, Economiste d’entreprises (er),

-          LEONARD Patrick, Membre effectif de la SRPMDB Namur

b)    Fédération royale des militaires à l’étranger, section de Namur

-          Eric DUMEUNIER, Président, Adjudant chef (er), Che OL à titre militaire, titulaire de plusieurs décorations militaires

-          Roland DEGALAIX, Secrétaire, Militaire (er)

-          Marcel DUPUIS, Porte-drapeau, ancien milicien

-          Léon FRAITURE, Commissaire, Militaire (er)

-          Luc VANDEZANDE

-          Alex ORIO

c)    La Confédération Européenne des anciens combattants et militaires

-          Jean MICHEL, Porte drapeau

Ainsi que certains acteurs d’associations du souvenir ou sociologiquement assimilables, telles que Bernard JANSSENS, Vice-président de la FNC Sambreville, Eric BRENTJENS, Porte drapeau des vétérans du Roi Albert Ier, et quelques animateurs du Souvenirs Français : Daniel TILMANT, Benoît POULAIN.

Ce petit article ne fera pas l’unanimité, mais, il me semble que l’on ne peut participer à la construction de l’Europe, au sens de ses valeurs universelles, sur des rancœurs latentes ou dissimulées, sur des cérémonies qui servent uniquement de vitrine sociale pour certains voire d’activités folkloriques pour d’autres. D’autres part, nous ne devons pas rester à l’heure de toutes ces personnes qui continuent à croire que nous sommes les meilleurs et que tout vient de la faute des autres. Ensemble, dans l’égalité, nous devons espérer que plus jamais nos populations auront à subir de telles atrocités et nos jeunes gens à être sacrifiés pour des idéaux d’un autre temps, mais ces commémorations, telles que réalisées où règnent en maître de nombreuses personnes dont les liens avec le patriotisme est parfois bien ténu, ne sont-elles pas à être repensées et correctement encadrées.

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